Congrès HLM. Entretien avec Marie Piqué, en charge du logement en Occitanie

IMG_5181

Le 79e congrès annuel de l’Union Sociale pour l’Habitat s’est tenu à Marseille. La région Occitanie y était représentée par sa vice-présidente au logement, Marie Piqué. Elle y a dénoncé notamment le désengagement de l’État en matière de logement alors que les listes de demandeurs ne cessent d’augmenter. Entretien

Julien Sueres : Au titre de votre vice-présidence au logement, vous avez participé cette année au 79e congrès de l’USH qui s’est déroulé dans une atmosphère particulière…

Marie Piqué : Oui effectivement, ce congrès a été marqué par les réflexions des bailleurs sociaux qui tentent, tant bien que mal, de trouver des solutions pour faire face aux obligations de réorganisation et à la ponction financière imposée par le gouvernement.

Scepticisme et inquiétudes, Je pense que ce sont les deux maître-mots qui ont caractérisé le congrès cette année. Inquiétude, de la part de nombreux bailleurs sociaux mais aussi des locataires. Le secteur est pris en étau et cela pose la question quant à la volonté du gouvernement de préserver notre modèle de logement social, en particulier ses objectifs d’égalité d’accès, de cohésion et de mixité sociale. Scepticisme, de la part des associations représentatives des locataires qui en veulent aux bailleurs de ne pas s’être opposés plus durement à la politique du gouvernement.

J.S : Concrètement, à quoi correspond cette « ponction » que vous mentionnez ?

M.P : Je parle du dispositif de Réduction de Loyers de Solidarité (RLS), qui vise à rogner l’aide personnalisée au logement (APL) versée aux locataires tout en exigeant des bailleurs une baisse des loyers équivalente. Les effets vont être extrêmement dangereux avec un manque à gagner en 2018 pour le logement social de 1,7 milliard d’euros par an jusqu’en 2020. Cet artifice comptable permet à l’État de transférer sa dette sur celle des bailleurs HLM, qui n’est pas comptabilisée dans les déficits publics, et avec en bout de ligne des répercussions en cascade sur les locataires.

J.S : Dans votre intervention au congrès, vous avez mentionné la remise en question de l’idée même du logement social…

M.P : Oui tout à fait.  Car à cette ponction, va s’ajouter la suppression des aides à la pierre prévue dès 2019. Si les HLM contribuent seuls en abondant l’intégralité du Fonds national des aides à la pierre, c’est la notion même de solidarité nationale qui est remise en question. L’Etat cherche à se désengager d’un rôle fondamental qui est le sien, celui de garantir l’égalité d’accès à un logement pour tous.

J.S : En Occitanie quelle est la situation ?

M.P : Le parc régional reste carencé, avec seulement  276 050 logements sociaux au total, les besoins en logements sociaux quant à eux, n’ont jamais été aussi élevés. Sur 139 694 demandeurs d’un logement social au 31 décembre 2017, 34 867 ont pu bénéficier d’une attribution. C’est donc un déficit qui se creuse déjà dans notre région et que la politique gouvernementale va accentuer. S’ajoute à cela la croissance démographique exceptionnelle  de notre région qui voit chaque année 50 000 nouveaux arrivants.

J.S : En tant que collectivité, quelle est le rôle du conseil régional en matière de logement ?

M.P : La loi NOTRe a donné compétence aux régions pour promouvoir le soutien à l’accès au logement et à l’amélioration de l’habitat. Une compétence pour laquelle l’Occitanie s’est pleinement mobilisée avec plus de 11 millions d’euros dédiés au dispositif régional de soutien à la construction ou rénovation de logements sociaux chaque année depuis le début de la mandature.

Mais comme je l’ai déjà expliqué auparavant, et même si les collectivités locales ont une expertise et une connaissance certaine d’aménagement du territoire, elles n’ont pas vocation à remplacer le gouvernement qui doit prendre ses responsabilités en matière de logement, de cohésion sociale et de bien d’autres sujets.

J.S : Une dernière remarque ?

M.P : J’ai insisté sur ce point lors de mon intervention au congrès, la loi Elan est passée, mais tout n’est pas fini, locataires, bailleurs sociaux et élus locaux doivent se mobiliser contre ce gouvernement qui décidément ne sert que les plus riches, et toujours au détriment des populations les plus touchées par la précarité.