Journées d’Automne. Entretien avec l’Euro-Députée Marie-Christine Vergiat

vergiat

La fédération Tarn et Garonne du Parti communiste français tenait ce week-end ses journées d’automne. Invitée dimanche matin pour un débat sur l’Europe et la question des migrations, l’euro-députée Front de Gauche Marie-Christine Vergiat a accepté de revenir sur les moments forts de la discussion.

L’immigration est un enrichissement, un partage et non une menace. Le PCF reste attaché à la liberté de circulation de toutes et tous.

-Discours d’introduction de Catherine Philippe, secrétaire départementale PCF 82


Julien Sueres: Malgré les discours de surenchère que l’on entend trop souvent, vous semblez dresser un constat des migrations beaucoup plus balancé…

Marie-Christine Vergiat: Oui effectivement, il y a 250 environ millions de migrants internationaux. Cela représente 3,4% de la population mondiale. À l’intérieur, il y a 60 millions d’européens, dont 50% « d’intra-européens ». Ce chiffre est loin d’être aussi impressionnant qu’on veut bien le présenter. D’autant plus qu’en France nous avons un solde migratoire quasiment nul. Il faut arrêter de voir uniquement avec le focus de ceux qui arrivent.

J.S: Oui mais au final ce sont les soi-disant « trop nombreux dossiers » de demande d’asile qui font polémique. Mais qu’en est il vraiment?

M.C.V: La France est un des pays d’Europe où le taux d’octroi de la protection internationale est parmi les plus faibles. Voilà la réalité. On peine à arriver à 40% alors que la moyenne européenne est de 60%. Malheureusement, la France est le pays d’Europe qui expulse et refoule le plus.

J.S: Vous avez parlé de migrations « intra-européennes », qu’entendez vous par ce terme ?

M.C.V: Depuis l’année dernière la 1ère nationalité qui arrive en Europe est l’Ukraine, 662000 ukrainiens sont arrivés en Europe. Ils arrivent très majoritairement en Pologne, pays qui refuse publiquement la migration mais utilise les ukrainiens pour faire du dumping social. Nous sommes face à des choix politiques racistes et xénophobes. Si la Pologne accepte les Ukrainiens c’est qu’il s’agit de personnes blanches et chrétiennes. Il faut le dire !

J.S: Alors que se profilent les élections européennes, vous avez mentionnez au cours du débat, l’utilité du parlement européen…

M.C.V: Oui car dans ce monde, le Parlement Européen fait office « d’îlot de résistance ». Nous avons l’exemple du règlement de Dublin avec la suppression de la règle « du pays d’entrée ». Le parlement européen est aussi utile que le parlement français. On y mène des combats. Au passage, je suis fière que le chef de file du PCF aux européennes, Ian Brossat, face des questions migratoires une question centrale. Pour ma part je ne parle pas de crise migratoire mais de crise de l’accueil des réfugiés.

J.S: Cette crise n’a-t-elle pas plusieurs dimensions ? L’accueil, mais aussi le nombre de morts en Méditerranée, inquiètent de plus en plus…

M.C.V: Sur 100 personnes qui font la traversées Italie-Libye, 20% meurent en Méditerranée. La Méditerranée est la zone la plus dangereuse pour les migrants sur toute la planète. Mais selon les analyses des ONG, Il y a probablement autant de morts dans le désert en amont des traversées qu’en Méditerranée.

J.S: Etes-vous favorable à la suppression du règlement de Dublin ?

M.C.V: Sur le règlement de Dublin je ne suis pas favorable à sa suppression mais à une réforme radicale en profondeur. À l’intérieur de ce règlement, si on se donne la peine de lire, il y a des mesures favorables aux migrants.

J.S: Au cours du débat, vous avez insisté sur l’importance du dialogue, notamment avec les syndicats. Pourquoi cela ?

M.C.V: Il ne faut jamais renoncer à discuter avec les gens. J’ai beaucoup travaillé par exemple avec la CGT Cheminots. Ils font un travail pédagogique remarquable. La question migratoire est aussi importante que la question sociale, les deux sont liées ! Il ne faut jamais accepter qu’on oppose les uns aux autres. Nos fondamentaux, ce sont la solidarité et l’égalité. La question du droit à la mobilité est une bataille d’avenir.

J.S: Vous êtes plutôt optimiste au sujet de l’Europe ?

M.C.V: La première cause des migrations est la mondialisation. Il faut protéger la zone Européenne. Il faut avoir des batailles offensives. Les gens ont besoin d’espoir ! Les jeunes sont beaucoup moins racistes et plus ouverts sur le monde. Cela me permet d’être optimiste.

J.S: D’après certains groupes politiques, notamment à l’extrême droite, l’immigration aurait un coût, trop lourd pour un pays comme le notre. Qu’en pensez-vous ?

M.C.V: Les migrants ne coûtent pas chers, ils nous rapportent ! Voilà la réalité ! Il faut sortir des fabulations !

J.S: Pourtant, c’est sur cet argument que certain demandent le retour des frontières…

M.C.V: Depuis 2015 la France a demandé le contrôle aux frontières d’abord lors de la COP21, puis il y a eu les attentats de novembre à la suite desquels elle a demandé le maintien de ce contrôle. La France n’a pas demandé le rétablissement de ses frontières pour raisons migratoires. Dès lors elle ne devrait pas faire de contrôles migratoires aux frontières. Pourtant la France continue de faire du contrôle au faciès à la frontière Italienne, on nie les droits des majeurs !

Je vous invite à lire « Les noirs n’existent pas » de Tania de Montaigne, c’est un exemple saisissant de ce qui se passe dans notre pays.


« J’essaie de me souvenir du temps où je n’étais pas Noire, mais seulement noire, sans majuscule. Un adjectif, pas un nom. Une simple couleur. Je passe en revue les souvenirs, la cité, l’école, les premiers boulots…Mais dans toutes ces images, je suis déjà Noire. Alors, qu’est-ce qu’une Noire? D’ailleurs, est-ce que ça existe? »

Tania de Montaigne


J.S: Qu’elle est la situation en Allemagne, allié historique de la France dans la construction européenne?

M.C.V: Merkel a été mise en cause par la droite de son parti. Pour contenir l’extrême droite, ils tentent de reprendre une partie de leur discours, c’est mortifère !

L’Allemagne a accueilli 50 % des réfugiés arrivés entre 2015 et 2017. 34 000 c’est le nombre de personnes pour lesquelles le mécanisme de re-localisation ou de solidarité européenne avec l’Italie et la Grèce qui n’a pas fonctionné.

La France est le pays qui a permis à l’extrême droite d’avoir un groupe au parlement Européen. Arrêtons de donner des leçons au monde entier

J.S: Pour finir, plusieurs listes « de gauche » se profilent pour les élections européennes, quelle est votre analyse à ce sujet?

M.C.V: Il va y avoir 5 ou 6 listes de gauche aux élections européennes en France. Cela n’est pas responsable au regard de la situation. Je suis très inquiète pour les prochaines élections européennes.

46368797_1182788658535325_6637301223533838336_o