Désertification médicale. Quelle est la volonté de la majorité départementale ?

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Alors que le conseil départemental s’attache à mettre en oeuvre le schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité de services aux publics (SDAASP), la vice-présidente, Marie-José Mauriège a réunit ce lundi les membres d’un groupe de travail santé, notamment en présence de la sous-préfète Céline Platel.
Ce groupe de travail a vocation « de suivre les avancées de la feuille de route qui traite de l’amélioration de l’accès aux soins pour les Tarn-et-Garonnais », explique le département dans un communiqué de presse. Un sujet d’actualité brûlant alors qu’un nombre croissant d’habitants ont de plus en plus de mal à se soigner.
Cette réunion était notamment l’occasion de présenter les actions que le Département « déploie en faveur de l’accueil des internes en médecine générale », et ce afin « de leur donner envie de s’installer durablement sur le territoire ».
Pour rappel, lors du dernier Conseil départemental un dispositif d’aides aux communes a été voté. Il  vise « la création d’hébergements collectifs pour les professionnels de santé sur le territoire départemental ». On l’a bien compris, l’idée étant de rendre le territoire attractif pour les professionnels de santé.
« Il s’agit de favoriser la création de logements où les internes pourront vivre ensemble selon les principes de la colocation », précise le communiqué avec l’espoir qu’au moins certains d’entre eux envisagent éventuellement « un projet d’exercice regroupé en Tarn-et-Garonne », c’est à dire une maison de santé ou tout autre projet de médecine libérale.
Ainsi ce sont des enveloppes qui peuvent aller jusqu’à 150 000 euros d’aides aux communes qui souhaiteraient se lancer dans de tels projets. Si l’on peut évidemment, sur le principe, soutenir cette tentative de trouver une solution face à la désertification médicale, il n’est pas certain que l’on puisse parler de « réponse aux préoccupations » comme en conclut le communiqué, et ce pour plusieurs raisons.
Les jeunes médecins généralistes ne veulent plus travailler dans les conditions de leur anciens
De nombreuses collectivité tentent depuis des années de rendre leurs territoires attractifs afin d’attirer de nouveaux médecins, notamment par des mesures incitatives. Or c’est précisément cet argument que réfutent de plus en plus de professionnels de santé, à commencer par le président du syndicat national des médecins de centres de santé Eric May. Il est venu l’expliquer déjà deux fois en Tarn et Garonne lors de réunions publiques à Castelsarrasin puis Montauban.
« Les jeunes médecins généralistes ne veulent plus travailler dans les conditions de leur anciens, à plus de 60 heures par semaines avec en plus les charges administratives. De plus en plus, ils recherchent des opportunités d’exercer en médecine salariale plutôt que des projets libéraux, certes lucratifs mais qui impliquent beaucoup trop de responsabilités, notamment financières », avait-il insisté à Montauban.
De nombreuses institutions ont entendu ce message. Pour exemple, le département de Saône et Loire qui s’est lancé voici deux ans dans un grand projet de centre de santé départemental public, avec le recrutement de 50 médecins généralistes. Ayant créé ces conditions d’exercice que recherchent les jeunes diplômés, tous les postes ont rapidement été pourvus, sans le moindre souci d’attractivité. Cet investissement a eu un coût, certes, mais qui n’est pas un coup d’épée dans l’eau car la population n’a désormais plus les souci d’accès aux soins qu’elle connaissait.
Pour l’heure la majorité départementale du Tarn et Garonne refuse d’entendre cet argument et préfère se lancer dans des mesures incitatives. C’est donc le choix d’investir de l’argent public dans des projets privés, ou pour des professionnels libéraux, qui est fait sans la moindre assurance de succès quand d’autres choix étaient possibles. Celui d’investir les deniers publics dans des projets publics plus cohérents.

Les services publics, un gage d’attractivité

Enfin, toute la bonne volonté affichée du président Astruc de développer des services publics de qualité en Tarn et Garonne a du plomb dans l’aile. Sinon pourquoi continue-t-il à affirmer son soutien indéfectible au président Macron qui n’a de cesse de s’attaquer à nos services publics ? A commencer par la santé.
Pour rappel, le Tarn et Garonne a été un des seuls départements d’Occitanie à signer l’an dernier le Projet Régional de Santé du gouvernement qui met un point d’honneur à disséquer nos services publics de santé, notamment les hôpitaux de proximité. Et puis, il est quand même surprenant de vouloir rendre nos territoires attractifs en soutenant un gouvernement qui s’attache à détruire l’ensemble des services publics qui rendent justement nos territoires attractifs. Petites écoles, bureaux de postes, gares SNCF, ils sont en train de tout vendre au privé, dépeçant nos territoires de services publics vitaux.
On est donc en droit de se poser la question: quel médecin viendra s’installer dans un territoire où son conjoint ne peut travailler ou se déplacer, ses enfants n’ont pas d’école de proximité, où que même La Poste a déserté ? Surtout, on peut se demander quelle est la volonté réelle de la majorité qui dirige ce département.
*Un dossier complet est consacré à la santé sur ce blog. Je vous invite à le lire en cliquant ici.