Déserts médicaux. Centres de santé publics ou mutualistes ?

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Le travail de promotion des centres de santé publics commence à faire son effet dans la région et les projets se multiplient. Il faut dire que nous sommes partis de loin. En effet, la majorité régionale précédente s’étaient focalisée sur la solution libérale des maisons de santé pluri-disciplinaires. Contribution des communistes lors du rassemblement, le soutien aux centres de santé pluri-disciplinaires a été sanctuarisé dans le budget régional dès le début du mandat. 2019 aura même connu une augmentation d’un million d’euro sur ce fléchage budgétaire, passant de 1,5 millions à 2,5 millions de subventions disponibles sur ce dispositif pour cette année.

Si le premier combat (qu’il faut continuer de mener) a bien été de poser dans le débat public le concept des centres de santé, jusque là inconnu dans notre région, Marie Piqué y a rapidement accolé la notion d’un service public. Ainsi nous avons commencé à parler de centres de santé “publics”. C’est un ajout d’une très grande importance, et la raison pour laquelle la région a reçu un prix l’an dernier au congrès des centres de santé.

Si nous parlons de centres de santé “publics”, c’est qu’il existe d’autres formats, notamment les centres de santé mutualistes, ou associatifs. Pour nombre de camarades, attachés au service public, l’arrivée de cette notion de centres de santé a rapidement évolué en une opposition entre médecine libérale et salariale, entre privé et public. Comme l’explique Marie Piqué, une opposition qui n’a pas lieu d’être, la priorité étant de répondre au besoin du territoire, les deux solutions peuvent être largement complémentaires.

Mais l’opinion publique évolue, et surtout elle apprend vite. Ainsi nous avons vu nombre de collectifs citoyens se former un peu partout dans le territoire pour réclamer à leur élus locaux que soit étudiée la solution des centres de santé. Naturellement, dans certains territoires, est apparue la notion des centres de santé mutualistes. Ceux-ci, quand ils répondent aux critères, sont bien évidemment aussi accompagnés par la région au titre du dispositif. Dans certains contextes locaux, ils peuvent être la solution permettant d’endiguer l’avancée de la désertification médicale et répondre aux besoins. Tant mieux. Cependant, il convient tout de même de bien faire la différence entre un centre de santé public et la version mutualiste. Deux points sont déterminants dans cette réflexion.

Tout d’abord, il convient de rappeler que si l’adn de la mutualité est bien l’intérêt commun de ses adhérents, celle-ci ne peut être classée dans ce que l’on qualifie de service public. Ainsi, comme l’a souligné le docteur Eric May à maintes reprises, les objectifs de gestion, les intérêts et la manière d’appréhender la santé ne sont pas les mêmes au sein de la mutualité française que dans les centres de santé municipaux. Les perspectives de développement et de gestion dans les centres de santé mutualistes correspondent à celles qui sont propres à la mutualité. En aucun cas cela ne constitue une mission de service public.

Et c’est là le deuxième point que je voulais mentionner. Marie Piqué y fait allusion aussi dans ses réunions publiques. Le centre de santé public, porté par une municipalité ou une intercommunalité, assure une mission de service public, et les intérêts qui sont pris en compte dans sa gestion sont ceux qui permettent d’assurer l’égalité d’accès aux soins pour tous. C’est une différence de taille. De plus, lorsqu’un élu local décide de soutenir une maison libérale ou un centre mutualiste, c’est une action de soutien ponctuelle. Au long terme, la responsabilité du développement de la structure, ou simplement de ses évolutions, incombe aux professionnels libéraux ou à la mutuelle porteuse du projet. Le centre de santé public quant à lui, est non seulement porté par la collectivité, mais surtout, il reste ensuite entre les mains de celle-ci qui dispose alors d’un outil efficace pour s’assurer du maintien de cette égalité d’accès aux soins sur son territoire au long terme.

Toute solution qui répond à un problème doit être envisagée, et mettre en opposition les formats libéraux, mutualistes et publics n’est pas une manière objective d’établir si oui ou non le projet pourra répondre aux besoins du territoire. Pour les communistes, le service public restent cependant le moyen le plus efficace d’assurer l’égalité des droits pour tous et un moyen cohérent d’utiliser les fonds publics. C’est la raison pour laquelle ils défendent les centres de santé publics, non pas contre les libéraux ou les mutuelles, mais pour un véritable service public de la santé de proximité en capacité d’assurer une égalité d’accès aux soins pour tous.