“Cette continuité pédagogique est un leurre !” Les enseignants du Tarn et Garonne alertent

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Depuis plus d’une semaine, les établissements scolaires n’accueillent plus la grande majorité des élèves. Une interruption nécessaire mais lourde de menaces. Du côté des élèves et des familles, elle fait craindre une aggravation des inégalités sociales de réussite scolaire. Du côté du gouvernement, c’est l’occasion d’expérimenter une série de nouvelles mesures pour le système éducatif dans son ensemble.

“S’il y a continuité, c’est grâce aux efforts des fonctionnaires de l’éducation nationale, qui se sont portés volontaires pour encadrer les enfants de soignants, sans que rien ne soit mis en place pour assurer leur propre sécurité”, s’est indignée Marine Roussillon, responsable à l’éducation au sein du parti communiste français (PCF), dans un communiqué la semaine dernière. “Cela suppose du temps, des moyens et des personnels”, tempête-t-elle, une rupture radicale avec les politiques de destruction des services publics menées ces dernières années.

Côté syndicats non plus, on ne décolère pas. “Nous affirmons que cette continuité pédagogique est un leurre, et surtout, n’est qu’une réponse démagogique à une situation qu’un pouvoir est incapable de maîtriser et n’a pas su anticiper, si ce n’est en poursuivant une politique de casse des services publics dont on mesure aujourd’hui l’état déplorable dans lequel l’austérité les a plongés”, affirment les enseignants du syndicat CGT Educ’Action Tarn et Garonne dans un communiqué du 25 mars.

“On nous fait culpabiliser”

Enseignante en sciences physiques dans un collège de Montauban, Marion Léon témoigne: “En ce moment dans mon bahut, on nous demande, pour les élèves qui n’ont pas internet, d’envoyer les docs par mail pour que le collège les imprime et que les parents viennent les récupérer”, explique-t-elle, agacée.

“Oui, à l’époque où on ne peut pas assister aux enterrements de nos proches, l’éducation nationale incite les parents à se déplacer pour récupérer des feuilles potentiellement contaminées !”

Par delà les difficultés d’organisation, elle dénonce également les moyens mis à disposition des enseignants: “On paie tout de notre poche, l’ordi, le téléphone (on nous demande de téléphoner aux élèves), les abonnements téléphone et internet, imprimante, encre, stylos…” énumère la jeune enseignante, avant de poursuivre:

“Les outils informatiques sont archaïques et absolument pas calibrés pour répondre à la demande très importante engendrée par cette crise”.

Pour s’adapter, certains enseignants sont obligés de contourner des règles de base. “Des collègues s’assoient sur le règlement général de protection des données pour répondre aux injonctions de l’administration”, s’indigne Marion, “sachant que celle-ci ne les soutiendra pas en cas de problème”. Pour assurer la “continuité”, certains enseignants ont recours à la création de groupes sur des plateformes de messagerie telles que WhatsApp, parfois “en direct avec des élèves de collège voire de primaire”, s’agace encore l’enseignante. “On nous fait culpabiliser, on joue sur la corde sensible des collègues qui veulent, par tous les moyens, continuer pour leurs élèves, dans un soucis de bien faire”, témoigne-t-elle. Le président Macron a promis qu’après la crise, “certains biens et services” ne devront plus être soumis aux lois du marché. Espérons que l’éducation en fasse partie…