Montauban. Les soignants dénoncent la situation des étudiants en soins infirmiers face au Covid-19

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« La totalité des plans hospitaliers sont évidemment suspendus… Il y a eu un avant, il y aura un après pour l’hôpital », assure le ministre de la santé Olivier Véran alors que la grogne monte d’un peu partout dans le pays. Depuis des années l’hôpital public est en souffrance, asphyxies budgétaires et plans de privatisations ont saccagé le service public de santé. La crise du coronavirus révèle au grand jour ce que les lois du marché ont fait à nos hôpitaux. Pénuries de matériels, manques de moyens, de personnels… le bilan va être lourd pour préparer « l’après ».

A Montauban, le manque de personnels, a forcé le regard de la direction à se poser sur les étudiants infirmiers et aides soignants, une solution rapide, concrète, et pas chère, pour faire face à l’urgence. Mais, « ces étudiants sont beaucoup plus sollicités dans les services hospitaliers et il faut s’assurer que dans cette terrible crise sanitaire, cela ne donne pas lieu à des dérives », rappelle Manuela Dader, déléguée CGT au CHU de Montauban, dans un courrier d’alerte adressé hier à l’agence régionale de santé. « Aujourd’hui, ils bénéficient pour certains d’entre eux d’indemnités de stage allant de 28 euros à 50 euros par semaines », explique la syndicaliste, révoltée de la situation.

Si de son côté, le Dr Mardegan, patron des urgences de Montauban et candidat En Marche aux élections législatives et municipales, assure que « nous sommes organisés au mieux face à cette crise », l’infirmière est beaucoup plus inquiète. « Jusque là, notre direction n’a pas rempli ses obligations, en privant les représentants du personnels de documents écrits, d’informations sur les réorganisations de service et les changements d’affectation des agents ».  De même que sur la question de la rémunération des étudiants. « Est ce juste que les étudiants de 1ére année soient indemnisés 28€ par semaine en étant exposés au Covid-19 lors de stages ou en remplaçant les agents des services » demande Manuela Dader avant de poursuivre sur le plan matériel, « est-ce acceptable que la 5ème puissance mondiale ne soit pas en capacité de fournir du matériel de protection de base à ces agents ? »

« L’établissement de santé profite de notre statut d’étudiant pour nous réquisitionner »

Jeudi dernier, le journal Politis a publié une enquête sur les dérives en cours quant au recrutement et la rémunération des étudiants infirmiers mobilisés dans la lutte contre le coronavirus.

La question de la rémunération des étudiants s’est posée très tôt dans la crise. Déjà fin mars, la députée communiste Elsa Faucillon a tenté d’interpeller le ministre:

Une question à laquelle le gouvernement n’a toujours pas daigné donner de réponse. En attendant, la crise suit son cours et de plus en plus d’étudiants sont mobilisés. Lundi, un collectif d’étudiants infirmiers du CHU de Nîmes ont publié une lettre ouverte. « Nous sommes victimes d’injustices et l’établissement de santé profite de notre statut d’étudiant pour nous réquisitionner dans des services de hautes densités virales hélas, en toute inégalité. La plupart d’entre nous n’ont pas signé de contrat et remplacent des aides-soignants sous ce que j’appellerais du bénévolat forcé », y déplore une étudiante infirmière de 3e année.

Pour l’heure l’agence régionale de santé Occitanie fait le dos rond et n’a répondu à aucun des nombreux courriers que lui adressent les soignants. Pourtant, on tire la sonnette d’alarme un peu partout dans la région sur cette question. Au CHU de Toulouse le syndicat CGT exigent la rémunération, propre et entière, pas une prime, des élèves en poste pendant l’épidémie. Même son de cloche dans le Tarn ou l’Aveyron, les personnels dénoncent la situation de ces étudiants. « Même travail, même danger, même statut » demande le syndicat CGT de Toulouse, et pas dans « l’hôpital d’après », mais bien celui d’aujourd’hui, qui doit faire face à cette crise historique.