Accès aux soins pour tous: entretien avec Marie Piqué, vice-présidente de la Région Occitanie

 

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La vice-présidente Marie Piqué lors du 59è congrès des centres de santé à Paris en octobre 2018.

Alors que le pays traverse une crise sanitaire historique et qu’aura lieu d’ici quelques semaines le 2nd tour des élections municipales, la santé, l’accès aux soins est devenu un sujet majeur dans les discussions sur les politiques locales. Marie Piqué, Vice-Présidente de la Région Occitanie en charge des solidarités et des questions de santé, fait le point sur la lutte contre les déserts médicaux. Entretien.

On entend beaucoup parler de “déserts médicaux”, mais est-ce vraiment une réalité en Occitanie ?

Marie Piqué: Il faut rappeler tout d’abord que ces déserts ne sont pas arrivés par hasard. L’affaiblissement de l’hôpital public et du service public de santé en général (austérité, fuite vers le privé), ainsi que les limites de la médecine libérale de proximité (surcharge de travail, féminisation, vieillissement, travail de groupe, contexte social…) ont créé les conditions d’une avancée des déserts médicaux. La désertification médicale est une réalité sur un certain nombre de territoires de notre région.

Quelle a été l’approche des collectivités jusqu’à présent pour y faire face ?

M.P: La solution jusqu’à présent était appréhendée selon deux axes. Rendre le territoire attractif pour attirer des professionnels, et rendre le travail attractif en facilitant l’installation (loyer, immobilier, chasseurs de tête…). C’est la raison pour laquelle ont été déployées des politiques visant à développer le modèle des maisons de santé pluri-professionnelles qui sont l’évolution des “anciens” cabinets de docteurs. Les politiques territoriales, notamment régionales, ont alors été d’accompagner cette évolution en soutenant leur installation sur le territoire.

Quel a donc été le bilan de ces politiques territoriales ?

M.P: Même si les MSP peuvent constituer une solution, elles ne sont pas sans problèmes, limites et difficultés. En effet, un bilan régional que nous avons diligenté en 2017 a révélé que ⅓ des MSP fonctionnent et permettent de répondre aux besoins du territoire. ⅓ connaissent des difficultés, notamment dans la recherche ou le renouvellement des médecins, et ⅓ fonctionnent avec de grandes difficultés: les conditions réunies par la MSP ne permettent pas de renouveler/d’attirer les médecins.

Plusieurs problèmes de fonds sont posés par cette logique. L’argent public dépensé dans un projet privé, des fois ne permet pas de résoudre le problème local. Cela révèle aussi une certaine limite dans la maîtrise du projet par les élus et citoyens. Et enfin, ce modèle ne permet pas de répondre aux demandes de nouvelles conditions de travail (salariat, 35h…) des médecins.

Quelle est la différence entre une maison et un centre de santé ?

M.P: Consciente de ce problème, c’est la raison pour laquelle je porte les centres de santé publics comme alternative. Pour le regroupement des médecins généralistes, la loi prévoit 2 statuts: les MSP, portées par les praticiens eux-même, et les CSP, portés soit par une collectivité, soit par une mutuelle/association.

Pour les projets de MSP libérale ou de CSP mutualiste, le projet est porté soit par les praticiens, soit par l’organisation. Le centre de santé “public” est porté par la collectivité gestionnaire, et par là, est un outil qui reste à la disposition des élus sur le long terme permettant d’avoir une certaine maîtrise de l’offre de soins sur le territoire.

Il est important de comprendre les différences entre ces 2 types de structures MSP/CSP.

Maison de santé: 

  • Projet privé/libéral
  • La collectivité accompagne financièrement seulement
  • Médecins à leur compte

Centre de santé: 

  • Projet à but non lucratif porté par un gestionnaire (collectivité/mutuelle…)
  • Médecins salariés
  • ⅓ payant obligatoire (caractère social)
  • Missions de préventions, visites à domicile…

On comprend vite en les comparant que les centres de santé portent l’inverse des logiques de marchandisation de la santé qui domine les projets libéraux. De plus, le Centre de santé porte l’idée d’un service public, pour l’égalité d’accès aux soins pour tous.

Au vue de ces informations, quel a été le choix de la majorité régionale ?

M.P: La région accompagne les 2 types de projets, car sa priorité est avant tout d’aider les territoires à répondre à leurs propres besoins. Depuis 2016, elle accompagne donc aussi les centres de santé.

Je tiens à souligner au passage l’intérêt d’un rassemblement de la gauche pour notre région qui a bénéficié de cet apport des élus communistes au programme de Carole Delga et qui a permis d’introduire les centres de santé et de mettre en place une bonification pour les collectivités qui optent pour une solution publique. Logique de soutenir un projet public financé par de l’argent public plutôt qu’un projet privé. La santé n’est pas une marchandise !

En détail, quel est donc le montant de ces aides ?

M.P: L’aide régionale est avant tout une subvention d’investissement:

Pour un projet de création de:

  • Maison de santé: 20% d’une assiette éligible plafonnée à 650.000 €, aide maximum de 130.000 € par projet
  • Centre de santé: 30% d’une assiette éligible plafonnée à 650.000 €, aide maximum de 195.000 € par projet.

Pour les projets situés dans des communes de montagne et de massif (périmètre du Plan Montagnes d’Occitanie – Terres de vie 2018-2025), une bonification est apportée.

  • Maison de santé : aide maximum de 140.000 €
  • Centre de santé : aide maximum de 210.000€

Pour les projets d’extension

  • Maison de santé : 20% d’une assiette éligible plafonnée à 350.000 €, aide maximum de 70.000 € par projet
  • Centre de santé : 30% d’une assiette éligible plafonnée à 350.000 €, aide maximum de 105.000 € par projet.

Enfin, le taux cumulé d’aides publiques sur ces projets est plafonné à 80%.