Thomas Portes. Romain Lopez arrive dans un contexte où Moissac est en souffrance

Depuis bientôt un an, la municipalité de Moissac est dirigée par un maire issu des rangs du Rassemblement National. S’il bénéficie toujours d’une côte de popularité certaine au sein de la population, plusieurs dossiers ont déjà commencé à émailler le vernis. Culture, sécurité, ou encore solidarité, le maire RN « d’ouverture » n’a pas oublié ses fondamentaux. Cette montée de l’extrême-droite dans nos territoires devient désormais un phénomène d’ampleur qui a poussé un collectif de personnalités progressistes à créer l’observatoire national de l’extrême-droite présidé par le syndicaliste Thomas Portes. Entretien.

Un observatoire national de l’extrême-droite, ça sert à quoi ?

Thomas Portes : Comme le montre les récentes attaques contre Audrey Pulvar, l’UNEF ou la maire EELV de Strasbourg (et encore semaine dernière au conseil régional d’Occitanie -NDLR), l’extrême droite est en train de gagner du terrain dans les têtes et fixe quasiment quotidiennement l’agenda politique de ce pays. Il faut dire qu’avec un gouvernement qui ne cesse de reprendre sa rhétorique, on peut dire que c’est un véritable tapis rouge qui lui est déroulé. Au regard de cette situation, et car nous considérions que les forces de gauche et syndicales ne prenaient pas assez au sérieux la lutte contre l’extrême droite, nous avons décidé en octobre 2020 de lancer cet observatoire national qui regroupe des élu-e-s, des chercheurs, des sociologues, des syndicalistes et des citoyens. Nous ne nous sommes pas cachés, cet observatoire se veut au service de la lutte contre l’extrême droite. Comment ? Nous avons la volonté de mener plusieurs travaux. D’abord nous considérons qu’il faut mener un véritable travail de déconstruction des arguments de l’extrême droite. La bataille des idées est pour nous un axe essentiel. Nous avons également mis sur pied un conseil scientifique qui va produire des notes sur différents thématiques pour démasquer l’imposture de l’extrême droite. Actuellement nous travaillons sur les propositions de Marine Le Pen sur l’écologie pour mettre en lumière que derrière le vernis écologique se cache des choix qui vont à l’encontre de l’avenir de la planète. Enfin un axe également important pour nous est la question de la formation. Nous sommes en train de rédiger des modules que nous diffuserons en ligne, la première sera autour du phénomène Trump aux États-Unis pour montrer que sa politique a été au service des riches et synonyme d’explosion des inégalités et des discriminations.

Quelle analyse est faite par l’observatoire de cette poussée dans les territoires ruraux ?

T.P : Le fait que les territoires ruraux soient eux aussi marqués par une poussée de l’extrême droite n’est pas surprenant. Il n’y a pas de raison que ces territoires soient perméables à la poussée de l’extrême droite. Ils sont même un terreau favorable car souvent ils regroupent destruction des services publics, désindustrialisation et paupérisation grandissante. Quand tu prends la ville de Moissac dans ton département on y trouve un taux de pauvreté de 28%. L’extrême droite prospère toujours sur la misère pour instrumentaliser la haine en se servant de boucs émissaires. Romain Lopez ne fait pas exception il cible la communauté bulgare comme si celle-ci était responsable de la paupérisation de cette commune. J’ai pu observer un phénomène un peu similaire lors de mon déplacement dans la Sarthe dans le cadre de l’écriture de mon livre. C’est un territoire rural où l’extrême droite n’existait quasiment pas, et où elle s’est développée à mesure que les fermetures d’usines se sont multipliées. Moissac a aussi connue cela et je pense par exemple à l’ancienne usine de la Targa.

À Moissac, et malgré l’absence de propositions politiques économiques et sociales concrètes, Romain Lopez bénéficie d’une côte de popularité certaine. Quelles pistes de travail devraient être envisagée par le camp républicain pour inverser cette tendance ?

T.P : Il n’y a rien d’étonnant à cela. Romain Lopez arrive dans un contexte où la ville est en souffrance, où les habitantes et les habitants peuvent se dire pourquoi pas lui après tout ? Son programme a été à l’image de l’ADN de l’extrême droite, sécurité et immigration. Pour avoir été dans plusieurs communes aux mains du RN, être dans l’opposition n’est pas un exercice facile. Il suffit de regarder les attaques à l’égard de marine Tondelier, élue d’opposition à Henin Beaumont. Une des premières clés est de ne pas lâcher, malgré les attaques, menaces ou insultes. Ensuite, la gauche doit se rassembler car la division nourrit l’extrême droite. Il faut, je crois, mener un travail quotidien pour aller à la rencontre des citoyens, et démontrer que l’extrême droite n’apporte aucune solution pour améliorer le quotidien des gens. Avec la suppression du festival moissagais, Romain Lopez a montré son mépris pour la culture dans un moment où les occupations de théâtre se multiplient. Il faut se saisir de ce sujet, rassembler les gens, porter une alternative. Si on veut battre le RN à Moissac en 2026, le travail commence aujourd’hui.


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